Sommaire
- La cannelle, cette obsession américaine que j’ai mise du temps à comprendre
- D’où vient la cannelle ? Un peu d’histoire pour mieux comprendre son voyage jusqu’aux États-Unis
- Cassia vs Ceylon : le grand malentendu de la cannelle américaine
- La cannelle dans la cuisine américaine : bien plus qu’une épice à desserts
- La cannelle par région : quand l’épice raconte l’Amérique
- La cannelle dans les marinades et les rubs : oui, aussi dans le salé
- Quelques recettes américaines classiques à base de cannelle
- Quelques mots sur les valeurs nutritionnelles
- Où acheter de la bonne cannelle pour cuisiner américain ?
La cannelle, cette obsession américaine que j’ai mise du temps à comprendre
Je me souviens encore de mon premier séjour à New-York, il y a une vingtaine d’années. J’entre dans un petit diner du centre-ville, je commande un café et je remarque, posé sur le comptoir, un shaker rempli de ce mélange cannelle-sucre que les Américains saupoudrent sur absolument tout. Sur les toasts, sur le café, sur les pommes de terre sucrées, sur les céréales du matin. J’avais levé un sourcil. La serveuse m’avait regardé avec ce sourire qui dit : t’as pas encore compris, toi. Elle avait raison. Il m’a fallu des années de voyages, de marchés fermiers, de BBQ competitions et de tables de famille pour vraiment saisir la place qu’occupe la cannelle dans l’identité culinaire américaine. Ce n’est pas juste une épice. C’est presque un sentiment.
Alors commençons par le début, parce que cette épice mérite qu’on lui accorde un peu de sérieux — et pas mal d’enthousiasme.
D’où vient la cannelle ? Un peu d’histoire pour mieux comprendre son voyage jusqu’aux États-Unis
La cannelle est obtenue à partir de l’écorce intérieure de plusieurs arbres du genre Cinnamomum, originaires d’Asie du Sud-Est. Pendant des siècles, sa source exacte est restée un mystère soigneusement gardé par les marchands arabes qui contrôlaient le commerce des épices. Ce n’est qu’au XVIe siècle que les Européens ont mis le pied au Sri Lanka et découvert l’origine de cette épice qu’ils considéraient comme précieuse au même titre que l’or.
Elle arrive dans le Nouveau Monde avec les colons européens, et rapidement, elle s’intègre dans la cuisine des premières communautés installées en Nouvelle-Angleterre. Les Puritains l’utilisent dans leurs puddings, leurs tartes, leurs conserves de fruits. Dès le XVIIIe siècle, la cannelle fait partie du garde-manger américain. Et elle ne l’a plus jamais quitté.
Cassia vs Ceylon : le grand malentendu de la cannelle américaine
Voilà un point sur lequel je dois être direct, parce que c’est une information que peu de gens connaissent vraiment : la cannelle que vous achetez dans un supermarché américain — et dans la grande majorité des épiceries françaises aussi — n’est probablement pas de la vraie cannelle. C’est de la Cassia.
Il existe en réalité quatre grandes variétés de cannelle :
- La cannelle de Ceylan (Cinnamomum verum), aussi appelée « vraie cannelle », originaire du Sri Lanka. C’est la plus douce, la plus fine, la plus complexe. Elle a des notes légèrement citronnées, presque florales. C’est celle que les chefs pâtissiers recherchent.
- La cannelle de Chine, ou Cassia (Cinnamomum cassia), la plus répandue aux États-Unis. Elle est plus robuste, plus piquante, plus intense. Et franchement, c’est elle qui définit le goût « cannelle » pour des millions d’Américains.
- La cannelle du Vietnam (Cinnamomum loureiroi), réputée pour sa teneur élevée en huiles essentielles. Les amateurs de BBQ la connaissent bien — elle entre dans certains rubs de compétition pour sa puissance aromatique.
- La cannelle d’Indonésie (Cinnamomum burmannii), utilisée massivement dans l’industrie agroalimentaire américaine, notamment dans les céréales sucrées et les bougies parfumées — oui, les Américains font des bougies à la cannelle, et ça sent la maison de Thanksgiving.
La Cassia contient davantage de coumarine, un composé qui peut être légèrement problématique à très haute dose. La cannelle de Ceylan en contient très peu. En pratique, si vous cuisinez des cinnamon rolls tous les dimanches, vous ne risquez rien. Mais si vous cherchez la finesse, investissez dans de la vraie cannelle de Ceylan. Vous ne le regretterez pas.

La cannelle dans la cuisine américaine : bien plus qu’une épice à desserts
Ce qui me fascine depuis toutes ces années, c’est la façon dont les Américains utilisent la cannelle sans se poser de questions — naturellement, instinctivement, souvent généreusement. Très généreusement.
Évidemment, elle règne sur la pâtisserie. L’apple pie, ce monument de la culture américaine, ne serait rien sans elle. Chaque famille a sa recette, chaque région sa variation, mais la cannelle est toujours là, combinée à la muscade et parfois au piment de la Jamaïque. J’ai mangé des dizaines d’apple pies à travers le pays — de la Nouvelle-Angleterre aux vergers du Michigan — et j’ai compris que la quantité de cannelle utilisée est presque une signature identitaire. Certaines familles du Vermont sont généreuses, d’autres du Sud le sont encore plus.
Les cinnamon rolls méritent leur propre paragraphe. Ces petits pains à la cannelle sont une institution dans le Middle West, particulièrement dans des États comme le Minnesota et le Wisconsin, où les communautés scandinaves ont apporté leurs traditions boulangères. Cinnabon, la chaîne née à Seattle en 1985, a industrialisé le concept — mais allez dans une boulangerie artisanale de Kansas City un dimanche matin, et vous comprendrez ce que le vrai cinnamon roll peut être : brioche filante, cannelle généreuse, glaçage au fromage frais qui fond au contact de la pâte encore chaude.
Le carrot cake est un autre classique. Cette recette, popularisée dans les années 1970, doit une grande partie de sa personnalité à la cannelle — associée à la cardamome et au gingembre dans les meilleures versions. J’en ai mangé un mémorable dans une boulangerie de Portland, Oregon, qui utilisait de la cannelle de Ceylan. La différence était flagrante : plus subtile, moins agressive, avec une profondeur que la Cassia ne peut pas vraiment offrir.
Et puis il y a la pumpkin pie, incontournable à Thanksgiving. La cannelle y joue un rôle central dans ce qu’on appelle le « pumpkin spice » — ce mélange emblématique de cannelle, gingembre, muscade, clou de girofle et piment de la Jamaïque. Depuis les années 2000, ce profil aromatique est devenu une véritable icône culturelle américaine, au point de parfumer des cafés, des bières, des savons et des désodorisants de voiture. Les Américains eux-mêmes s’en moquent un peu — mais ils continuent à en acheter. C’est la contradiction charmante de ce pays.
La cannelle par région : quand l’épice raconte l’Amérique
Ce que j’aime dans mes voyages culinaires aux États-Unis, c’est que chaque région raconte une histoire différente avec les mêmes ingrédients. La cannelle ne fait pas exception.
Dans le Sud profond, la cannelle accompagne les patates douces rôties — un plat simple, honnête, servi à Noël et à Thanksgiving depuis des générations. Elle entre aussi dans les pralines de Nouvelle-Orléans, ces confiseries crémeuses aux noix de pécan qui fondent dans la bouche.
À Cincinnati, Ohio, il y a un plat que je ne pouvais pas ne pas mentionner : le fameux Cincinnati chili. Ce chili atypique — servi sur des spaghettis, recouvert de fromage cheddar râpé — intègre de la cannelle dans sa sauce. Oui, de la cannelle dans un plat de viande. La première fois qu’on vous dit ça, vous faites la même tête que moi au diner de mes débuts. Et puis vous goûtez, et vous comprenez que l’influence des immigrés grecs et macédoniens qui ont créé ce plat dans les années 1920 a produit quelque chose d’unique — une cuisine de fusion avant que le terme existe.
Dans le Southwest — Nouveau-Mexique, Arizona, Texas — la cannelle dialogue avec les influences mexicaines. Elle parfume le champurrado, ce chocolat chaud épais à base de masa que certaines familles préparent encore à Noël, et les buñuelos, ces beignets frits saupoudrés de cannelle et de sucre qu’on trouve dans les festivals de rue.
Et dans le New England, elle est indissociable de la culture des vergers d’automne. J’ai visité plusieurs apple orchards dans le Vermont et le Massachusetts, où l’on vend du cidre chaud épicé à la cannelle, des pommes caramélisées, des beignets aux pommes roulés dans la cannelle. C’est l’automne américain distillé dans une épice.
La cannelle dans les marinades et les rubs : oui, aussi dans le salé
Quand j’ai commencé à m’intéresser au BBQ américain sérieusement — et l’American Royal BBQ à Kansas City a été une révélation totale — j’ai découvert que la cannelle avait aussi sa place dans les dry rubs, ces mélanges d’épices sèches qu’on applique sur les viandes avant la cuisson longue.
Certains pitmasters du Tennessee et du Missouri intègrent de petites quantités de cannelle dans leurs rubs pour le porc. Ça peut paraître surprenant, mais la chaleur de la cuisson au bois transforme la cannelle — elle perd son côté sucré dominant pour révéler quelque chose de plus chaud, de plus complexe, qui se marie remarquablement bien avec le fumé et le gras du porc.
On retrouve aussi la cannelle dans certaines marinades pour les viandes rouges — une tradition qui nous vient directement des cuisines du Moyen-Orient, importée par les vagues d’immigration libanaise, syrienne et iranienne qui ont enrichi la cuisine américaine au XXe siècle.
Quelques recettes américaines classiques à base de cannelle
Pour vous lancer, voici les recettes qui incarnent le mieux l’usage de la cannelle dans la cuisine américaine authentique. Ce sont mes préférées, celles que je reviens faire régulièrement depuis des années :
- Cinnamon rolls — La recette emblématique du Middle West, avec glaçage au cream cheese
- Carrot cake — Un classique américain des années 70 où la cannelle fait toute la différence
- Pancakes américains — Ajoutez une bonne cuillère à café de cannelle dans votre pâte, vous ne reviendrez pas en arrière
- Pumpkin pie — Le dessert de Thanksgiving par excellence, impossible sans cannelle
- Amandes grillées — Ces amandes caramélisées à la cannelle qu’on trouve dans les marchés de Noël américains
- Toasts à la cannelle — Le comfort food du matin, aussi simple qu’indispensable
- Gâteau au café (coffee cake) — Avec son streusel à la cannelle qui croustille sur le dessus
- Lait de poule (eggnog) — La boisson de Noël américaine, où la cannelle trône en decoration
Quelques mots sur les valeurs nutritionnelles
La cannelle, on l’utilise en petites quantités, donc son apport calorique est marginal. Pour une cuillère à soupe, comptez environ 19 kcal, 0,1 g de graisses, un peu plus de 4 g de fibres et 0,3 g de protéines. Ce qui est plus intéressant, c’est que des études suggèrent que la cannelle aurait des propriétés antioxydantes et pourrait contribuer à la régulation de la glycémie — ce qui ne justifie pas d’en mettre dans tout, mais c’est un bonus agréable.
Où acheter de la bonne cannelle pour cuisiner américain ?
Pour les recettes de tous les jours — les cinnamon rolls du dimanche, les pancakes, les pommes sautées — la Cassia que vous trouvez en grande surface convient très bien. Les Américains l’utilisent depuis toujours et le résultat est authentique.
Si vous voulez pousser la finesse — pour un carrot cake travaillé, pour une pumpkin pie sophistiquée — cherchez de la cannelle de Ceylan dans les épiceries spécialisées ou en ligne. La différence se sent vraiment.
Et si vous avez la chance de passer par une épicerie mexicaine ou latino-américaine — il y en a de plus en plus au Québec et en France — vous y trouverez des bâtons de cannelle de Ceylan en vrac, d’excellente qualité et bien meilleur marché qu’en boutique spécialisée. C’est là que j’achète les miens.
La cannelle, c’est l’épice qui m’a réconcilié avec la générosité américaine en cuisine. Les Américains ne font pas les choses à moitié — ni avec la cannelle, ni avec autre chose. Et au fond, c’est ce que j’aime dans leur façon de cuisiner.



je trouve aussi que les Américains y vont un peu fort sur la cannelle! Pourtant j’adore ça et j’en mets dans plein de plats sucrés ou salés, mais là-bas la tarte aux pommes avait SEULEMENT le goût de cannelle (en plus c’est vrai que leur cannelle arrache la bouche) et c’était vraiment pas terrible.
D’ailleurs en revenant d’1 mois aux Etats-Unis j’étais tellement écoeurée de la cannelle que j’ai mis des mois à pouvoir en remanger! 😀
aujourd’hui je suis réconciliée avec la cannelle mais quand je vois une recette américaine j’ai tendance à diminuer d’emblée les doses, quitte à en rajouter après en goûtant!
La Cannelle reine des épices qui se mélange autant dans les plats salés que sucrés J’Adore
Alala perso j’ai été bercé dans la cannelle, et des pommes sans cannelle ça ne marche pas!
Un ami m’a ramené des épices du Cambodge et j’ai été fort surprise dans leur curry ils utilisent de la cannelle!
Beaucoup de recettes « épicées » du monde, que ce soit au Mexique, au Brésil ou en Asie, utilisent la cannelle, notamment dans les plats salés. Il existe différentes variétés de cannelle, certaines pouvant être qualifiées de piquantes.
Et j’ajouterai que c’est assez déconcertant d »avoir de la cannelle partout tout le temps, on n’est pas du tout habitué à cela en venant de France.
C’est vrai quoi, c’est bien quand la tarte aux pommes a un goût de pommes !